Art & Foi – « Je vous appelle mes amis » Jn 15,15

« Je vous appelle mes amis. » (Jn 15,15)

© Clio20 sur Wikimedia Commons.

C’est le frère Roger de la communauté de Taizé qui a contribué à faire connaître l’icône du Christ avec l’abbé Ména. C’est une des plus anciennes icônes que nous connaissions, datant du VIe siècle et représentant le moine égyptien copte du IIIe siècle aux côtés de Jésus-Christ. Frère Roger la présentait comme l’icône de l’amitié du Christ pour nous. Puisse-t-elle nous aider à méditer sur l’amitié et l’amour de Jésus pour ses disciples, ses amis, qui est le thème majeur de l’évangile de ce dimanche.

Dans des teintes chaudes, l’icône nous présente deux personnages, de face, avec le paysage d’un désert montagneux en arrière-fond. L’icône est carrée et les deux personnages en occupent le premier plan. Leurs silhouettes sont peintes dans un style primitif que l’on pourrait presque assimiler à un dessin d’enfant. Cette simplicité est au service de l’essentiel. Remarquons que la tête et tout le corps du Christ – alors que son corps est de la même taille que celui de Ména – sont plus grands que ceux du moine. Une manière de montrer que Jésus se fait l’égal de son ami, tout en lui étant en quelque sorte supérieur. En effet, le nom inscrit sur l’icône n’est pas comme souvent dans les icônes l’initiale IC (Jésus Christ), mais sôter, « sauveur » en grec. L’icône nous présente ainsi le Christ en gloire, dans sa dignité du Fils de Dieu, Sauveur du monde, qui est en même temps le Jésus de Nazareth, ressemblant en humanité à son ami.

Jésus pose un geste inhabituel dans l’iconographie religieuse : il met la main sur l’épaule de son ami. Si nous regardons le personnage de Jésus, nous lui reconnaissons une attitude typique du Christ Pantocrator tenant dans sa main gauche un évangéliaire richement décoré de pierres précieuses. D’habitude, la main droite du Christ est levée dans un geste de bénédiction. Ici, elle est posée sur l’épaule de son ami qui, lui, lève la main droite dans un geste de bénédiction. Comme si le bras de l’ami était le prolongement du bras du Christ. Comme si la bénédiction passait depuis la main du Christ, à travers la personne de l’ami, à celui qu’il bénit. L’ami est donc représenté comme un intermédiaire entre le Christ et le priant qui regarde l’icône. Sa main gauche, en écho à celle du Christ, tient un rouleau. Il pourrait s’agir de la règle du monastère dont Ména est supérieur (selon l’inscription à côté de sa tête). Mais ne pourrions-nous pas y voir l’évangile inscrit sur un support qui se prête mieux à la diffusion, à la mission (« Je vous ai choisis et établis, pour que vous alliez et que vous portiez du fruit », Jn 15,16) ?

Les traits des visages présentent une parfaite symétrie : à l’œil gauche plus rond et ouvert du Christ correspond l’œil droit de Ména tandis que à l’œil droit du Sauveur plus en forme « amande » répond l’œil gauche de son ami. De même pour le nez : l’ombre sur la joue gauche de Ména fait écho à l’ombre sur la joue droite chez le Christ. Ici, l’ami moine reflète son maître et ami. Serait-ce pour dire qu’il l’imite, selon l’invitation de Paul aux Corinthiens, « Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ. » (1 Co 11,1) ?

La dissymétrie dans le visage du Christ, entre le côté droit et le côté gauche, traduit traditionnellement, dans ce style iconographique, la double nature humaine et divine de Jésus-Christ (cf. Christ Pantocrator où cette différence est encore plus marquée). Puisque l’abbé Ména semble être le reflet du Christ, Dieu et homme, serions-nous en présence de l’illustration d’un admirable échange entre le Créateur et sa créature : Dieu se fait homme et fait ainsi participer son ami à sa divinité ? Il y a en tout cas une circulation de lumière, d’amour, une similitude, une réciprocité entre les deux personnages. Cette proximité est en même temps marquée par l’ouverture : les deux personnages ne sont pas tournés l’un vers l’autre, mais se présentent face à nous, avec leurs regards bien droits, qui nous fixent.

Si cette icône évoque l’amitié que Jésus porte à ses amis, le fait qu’elle représente non pas un de ceux à qui Jésus se serait adressé dans l’évangile de Jean lu en ce jour (les Douze), mais un moine et martyr des débuts de l’Église, ouvre largement notre perspective. Plus que d’une amitié reposant sur les liens physiques de proximité, elle nous parle du lien spirituel d’amitié que nous sommes chacun appelés à avoir avec le Christ. Comme le dit frère Aloïs de Taizé :

« Dans l’icône de l’amitié, nous y voyons le Christ mettre sa main sur l’épaule de son ami pour marcher avec lui, pour l’accompagner. Tous, nous pouvons nous reconnaître dans cet ami du Christ. Si, ressuscité, le Christ est invisible à nos yeux, nous pouvons pourtant nous confier à sa présence. Il accompagne chaque être humain sans exception. Regarder cette icône, c’est déjà une prière qui nous unit à Dieu. »[1]

Pour conclure la méditation et à sa lumière, on peut relire l’évangile de ce dimanche.

Source : Abbaye Notre-Dame du Bec

Service de la formation
Vicariat du Brabant wallon


[1] Article de Frère Aloïs 29/11/2008

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