Lectio divina 3ième dimanche de Carême (B) – 7 mars 2021

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien. Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

En ce dimanche, nous recevons une fois de plus nourriture et lumière pour notre marche de Carême, résolument orientée vers Pâques. Le récit de la Transfiguration de Jésus était clairement une préfiguration du Mystère pascal. L’évangile de ce dimanche, au-delà des apparences, l’est tout autant. Jésus chasse les marchands du Temple. L’attitude de celui que nous voyons volontiers « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) est plutôt surprenante : à l’aide d’un fouet confectionné avec des cordes, il renverse des tables, chasse des animaux… Est-ce là l’expression d’une colère irrépressible ou d’une ‘sainte colère’ (déjà plus acceptable) ? Ou bien serait-ce tout autre chose ?

À moins que ce ne soit un chambardement qui, par l’action de Dieu, remet tout à sa ‘juste’ place, à l’instar de la Passion, la mort et la Résurrection du Seigneur qui nous réintroduisent dans la juste relation au Père ; elles aussi sont plutôt ‘renversantes’.

Que ce Carême, moment de combat au désert, de révélation de Dieu sur la montagne nous soit aussi une occasion de ‘purifier’ notre cœur ainsi que notre relation à Dieu et aux autres, mus par la foi en la Résurrection de Jésus.

Pour entrer dans la prière, nous pouvons écouter ce chant

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Prier l’évangile de Jean 2,13-25

1er temps – Invocation à l’Esprit Saint

Invoquer l’Esprit Saint et prendre un bref moment de silence

Viens, Esprit Saint, habiter nos cœurs
et faire de nous le temple de Ta gloire,
une demeure de prière et de louange.
Viens, Esprit Saint, fais de notre cœur un cœur qui écoute,
attentif aux murmures de la Grâce.
Viens Esprit Saint en chacune de nos vies.
Donne-nous de discerner Ta volonté
et de la vivre joyeusement au long de ce jour que Dieu nous donne.
Viens, Esprit de feu, embrase-nous toujours plus de ton Amour.

(prière des Moniales Dominicaines du Monastère d’Estavayer-le-Lac en Suisse romande)

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 2,13-25)

13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,

16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

23 Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.

24 Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous

25 et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.


Pour répondre à des questions de compréhension, je peux m’aider des repères suivants.

Les quatre évangélistes ont relaté l’épisode des marchands chassés du Temple, appelé aussi la ‘purification du Temple’. Contrairement à Matthieu, Marc et Luc, Jean ne situe pas son récit à l’approche de la Passion de Jésus mais au tout début de son évangile, comme pour en donner le ton. Néanmoins, à bien y regarder, le texte lu ce dimanche contient des allusions à la mort et à la Résurrection de Jésus. Par ailleurs, comme Jean l’écrit, il ne peut être compris qu’à la lumière de la Résurrection : « Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (v.22).

Les faits rapportés par Jean se passent au temps d’une Pâque juive. L’évangéliste en fera vivre trois à Jésus, dont deux à Jérusalem : la première (Jn 2,13) et puis la troisième, au moment de sa Passion (Jn 13,1). Ainsi, ces deux fêtes de Pâque, et ce que Jésus y vit, encadrent tout l’évangile et on peut dire qu’elles se répondent.

  • « La Pâque juive était proche». C’est la plus grande fête pour les Juifs. Elle est le mémorial de la libération de l’esclavage des Hébreux en Égypte. Elle dure une semaine.
  • « Jésus monta à Jérusalem». La montée vers Jérusalem est un des piliers de cette fête. Tout Juif qui le pouvait ‘montait’ en pèlerinage au Temple. Là, entre autre, il offrait un sacrifice à Dieu. Dire que « Jésus monte à Jérusalem » c’est souvent, dans les évangiles, présenter Jésus qui marche librement vers sa Passion.
  • Jésus pénétra dans le Temple. C’était le centre, le haut-lieu, du culte de la religion juive depuis près de dix siècles. Initialement, il fut construit par le roi Salomon pour abriter l’Arche d’Alliance contenant les dix Paroles de la Loi. Elle était la trace précieuse de l’Alliance scellée au désert. Elle était le signe par excellence de la présence agissante de Dieu parmi son peuple. Détruit en 587 av J-C, au moment de l’exil en Babylone, le Temple fut ensuite reconstruit. Puis, en 19 av J-C, le roi Hérode le Grand entreprit de le rebâtir, encore plus grandiose. À l’époque de Jésus, le chantier n’était pas encore terminé… Et Jésus a osé parler de le détruire !

Le Temple était un monument imposant, richement décoré car il était le lieu où se manifestait la ‘Gloire de Dieu’. Une enceinte entourait une grande cour intérieure divisée en plusieurs parvis de plus en plus proches du ‘sanctuaire’, le ‘Saint des Saints’ : il y avait le parvis des ‘Gentils’ (ou païens) accessible à tous ; puis celui réservé aux femmes juives, aux hommes et enfin aux prêtres.

Les sacrifices d’animaux jouaient un rôle important, si pas central, dans le culte juif ancien. Il était donc prévu que des marchands de bœufs, de brebis, de colombes… restent aux abords du Temple. Progressivement, ceux-ci se sont installés dans le parvis des ‘Gentils’. Ce qui n’était pas pour déplaire aux pèlerins venus offrir un sacrifice à Dieu : ils pouvaient ainsi trouver sur place les bêtes pour les rituels.

  • Quant aux changeurs, ils étaient indispensables. Le Temple devait avoir sa monnaie propre. En effet, les pièces romaines, portant l’effigie de l’empereur, étaient considérées comme idolâtres et donc impures. Elles ne pouvaient aller plus loin que l’entrée du parvis où se trouvaient les changeurs.
  • Jésus « chassa du Temple les marchands et les changeurs». Il est à remarquer qu’aucun des évangélistes ne parle de colère. Bien sûr les gestes sont l’expression plutôt forte d’un désaccord profond, voire d’une indignation.

Mais, que ‘chassa’ Jésus ? Des profanateurs d’un lieu hautement sacré ? Des façons de faire mercantiles introduisant dans un « donnant-donnant » avec Dieu, alors que tout ce qui vient de lui est pure gratuité ? Des animaux immolés dans le cadre de l’ancienne Alliance, alors que lui, Jésus, est « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) une fois pour toute ?

Si ce récit est à lire à la lumière de la Résurrection, il peut aussi être éclairé par une prophétie de Zacharie : « Alors le Seigneur deviendra roi sur toute la terre ; ce jour-là, le Seigneur sera unique, et unique, son nom. (…) Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur de l’univers, en ce jour-là. » (14,9.21). ‘Ce jour-là’ étant bien sûr celui de la venue du Messie et de sa victoire finale sur le mal.

  • « Cessez de faire de la maison de mon Père…» (v.16) : cette première partie de la phrase est encore plus étonnante que l’éjection des marchands. Ne révèle-t-elle pas que Jésus est le Fils de Dieu ?

En écho, « les disciples se rappelèrent qu’il est écrit :  L’amour de ta maison fera mon tourment » (v.17). Cette parole est tirée du psaume 68 (v.10) : « L’amour de ta maison m’a perdu ; on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi. ». Ainsi comprise, elle peut évoquer la Passion de Jésus.

  • Le dialogue entre Jésus et les Juifs est marqué par un quiproquo : il y a le ‘Temple’, bâtisse monumentale et le ‘sanctuaire’, lieu sacré où … « Dieu habite parmi nous» (Jn 1,14)… Maintenant, avec Jésus, il y a ‘sanctuaire’ et ‘Sanctuaire’.
  • Jésus parle de reconstruction du Temple en trois jours. Pour la communauté à laquelle Jean s’adresse, pour nous aujourd’hui, comment ne pas entendre ces deux mots sans penser à la Résurrection de Jésus ?
  • Enfin, le verbe ‘croire’ est cher à saint Jean : il ne parle jamais de ‘foi’, d’une chose qu’on pourrait posséder ; mais il utilise toujours le verbe ‘croire’, comme une attitude, une option, une mise en mouvement…
  • Enfin, Jésus se tourne vers « ce qu’il y a dans l’homme» (v.25), ce qu’il y a dans son ‘cœur’. Celui-ci ne serait-il pas aussi à ‘purifier’ ?

Que feront les marchands au lendemain de cet événement ? Sans doute reviendront-ils et, apparemment, rien n’aura changé. Les gestes de Jésus ont ici une portée prophétique. L’unique réaction rapportée est celle des ‘Juifs’ (c’est-à-dire, chez saint Jean, ceux qui n’accueillent pas Jésus, contrairement aux disciples). Ils demandent un ‘signe’ et cela équivaut à questionner Jésus sur son identité car, dans l’évangile de Jean, les signes sont là pour révéler qui est vraiment Jésus. Et le ‘signe’ par excellence sera sa mort sur la croix.


Relire à nouveau le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me parait important dans le Je peux aussi m’arrêter sur les mots qui renvoient à la mort et à la résurrection de Jésus.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que cet Évangile me révèle de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession…

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église.

Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Service de la Vie spirituelle

Illustration : Pixabay – Daniel Hannah

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