Art & Foi – Baptême du Christ – dimanche 10 janvier 2021

En célébrant déjà le baptême du Christ ce dimanche 10 janvier 2021, nous avons l’impression que la liturgie nous fait arpenter le temps à grandes enjambées : dimanche passé, nous célébrions l’Épiphanie où les mages venaient adorer l’Enfant de la crèche et ce dimanche, nous célébrons déjà un Jésus adulte. C’est que la liturgie ne suit pas le temps chronologique de la vie de Jésus. Elle célèbre tour à tour, tellement elles sont grandes, les diverses facettes de la Révélation. C’est pourquoi, nous arrivons déjà au baptême du Christ qui clôture le temps de Noël.

L’iconographie de cette scène a été abondante depuis l’époque des catacombes (2e siècle de notre ère). Elle nous propose des représentations aussi belles les unes que les  autres. Le choix d’une œuvre d’art fut difficile, c’est le coup de cœur qui l’a emporté pour une des peintures de Sœur Marie-Boniface Stolberg. Cette artiste qui nous a déjà aidés à méditer la fête de la Croix glorieuse et l’évangile de l’Annonciation.

D’emblée la simplicité, la sobriété et la luminosité de cette peinture nous saisissent. La simplicité par ses deux personnages. Leur disposition indique de suite qui est le personnage principal : celui de droite, c’est-à-dire Jésus. En effet, alors qu’il est légèrement décentré par rapport à la composition, il attire de suite nos regards. Pourquoi ? Est-ce parce qu’il occupe deux tiers de la représentation ? Et, ou parce que les gestes convergent vers lui ? Il est à la fois sous la colombe et sous « l’aile de Jean » en étant sous la protection de son avant-bras.

Jésus est là, face à nous, la tête entourée d’une auréole cruciforme, discrète évocation qu’il est bien le Christ. La tête légèrement inclinée, comme il l’aura souvent sur les représentations de la croix. Léger rappel que Noël, c’est Pâques ! Car c’est déjà la révélation de Dieu fait homme pour nous manifester son amour. Les yeux baissés, par humilité pour nous laisser le contempler sans nous intimider ? Les yeux baissés et le visage sérieux, en signe d’accueil profond du baptême reçu par Jean.

Son torse nu émerge de l’eau abondante qui cache le reste de son corps. Et dans sa poitrine sont logés cinq personnages. Détail qui, à ma connaissance, n’est relevé que par sœur Marie-Boniface. Arrêtons-nous donc sur ce fait. Cinq petits personnages, nus eux aussi, dont les mains nous rappellent qu’ils posent des actes liturgiques publics. Celui de l’orant, avec leurs deux mains élevées, et celui du priant, de l’intercesseur, avec les deux mains posées à plat l’une contre l’autre. Pourquoi cinq priants portés en Christ ? Est-ce une façon de nous dire que Jésus portait déjà en lui les humains de toutes les nations répandues sur les cinq continents ? À l’époque de la peinture, nous ne parlions encore que de cinq continents. Ou est-ce une allusion à Jésus vu comme le nouveau Moïse qui sauve le peuple et le fait traverser le Jourdain pour entrer en Terre promise après l’avoir sauvé des eaux de la mer Rouge ? Cette allusion au baptême chrétien est probable. Nos cinq priants représenteraient alors le peuple de la Torah, les cinq rouleaux, rendant grâce avec les orants d’être ainsi sauvés et portés à bon port, tandis que les priants intercèdent pour les générations à venir. Enfin, l’eau abondante, symbole des forces du mal et de la mort, est déjà domptée par Jésus, lui, qui un jour sera ressuscité en triomphant de la mort.

La sobriété de cette peinture est évoquée par le peu de personnages et de détails présents. À droite, Jésus, nous venons d’en parler ainsi que des cinq petits personnages qui l’habitent. À gauche, debout, Jean – à moitié vêtu d’une tunique- a la tête inclinée vers Jésus. Inclination d’humilité car il ne semble pas regarder celui « qui est plus fort que lui ». Il a fini de baptiser Jésus, il n’y a plus d’eau qui coule de sa main droite. De sa main gauche, en se frappant la poitrine, il se désigne à la fois « comme indigne de s’abaisser pour défaire la courroie des sandales de Jésus » et comme pécheur. Il pose ainsi, lui aussi, un geste liturgique.

La colombe, en plein piqué au-dessus de Jésus, est toute simple, sans plumes aux reflets d’or ou d’argent mais justes blanches. Le mouvement de ses ailes avec celui de sa queue peut faire penser à l’oméga grec (ω), repris par celui dont le livre de l’Apocalypse rapporte : « Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement » (Ap 21,6). Or cette eau sera précisément celle qui coulera du côté transpercé de Jésus en croix. Enfin, la colombe est représentée comme faisant partie d’un cercle débordant d’énergie où sous les traits dorés de la peinture, nous reconnaissons l’énergie divine, autrement dit, la source de la Vie, Dieu lui-même. Dieu représenté par son incroyable énergie, l’Esprit symbolisé par la colombe et Jésus Christ, le rassemblement des trois personnes de la Trinité fait du baptême de Jésus par Jean un événement exceptionnel dans la mesure où, dans les évangiles, c’est la première des rares fois où la Trinité se manifeste.

Enfin, la luminosité de la peinture donnée par ses couleurs chaudes – de jaune et d’ocre, pour ce qui relève du divin et du ciel, de brun et rouge-orangé pour ce qui relève de l’humain – sont mises en contraste avec les couleurs froides du vert bleu de l’eau. L’éclat de la lumière et de la chaleur est plus grand que celui des ténèbres et du froid qui ne représentent qu’un quart de la peinture. Le divin est donc bien présent en ce moment où comme des grands traits d’union les humains relient ciel et terre. Où, en cet instant, les cieux se déchirent, « l’Esprit descend sur Jésus comme une colombe, et il y a une voix venant des cieux disant : « Tu es mon Fils bien-aimé en toi, je trouve ma joie. » Cette nouvelle théophanie, manifestation de Dieu, nous invite à recevoir pour nous-mêmes cette magnifique parole : « tu es mon fils (ma fille) bien-aimé(e) en toi, je trouve ma joie ». Accueillir cette parole, est-ce que cela ne nous rend pas lumineux à notre tour ?

Nous pourrions clore cette médiation avec la deuxième oraison proposée pour la fête de ce jour : « Dieu éternel, c’est dans la réalité de notre chair que ton Fils unique est apparu ; puisque nous reconnaissons que son humanité fut semblable à la nôtre, donne-nous d’être transformés par lui au plus intime de notre cœur »

Et nous laisser porter quelques instants par cette hymne chantée par le chœur liturgique de Sylvanès :

Photo : © Bénédictines de Vanves
Télécharger la méditation en pdf

Service de la liturgie

Vicariat du Brabant wallon

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