Lectio divina – Evangile de la nuit de Noël(B)

« Le Seigneur a donné ses bienfaits, et notre terre a donné son fruit. » (Ps 84,13). Dieu nous rejoint dans nos obscurités et un soleil se lève à l’horizon, nous invitant à une audacieuse espérance. Vraiment, la joie peut résonner au son des harpes et des cithares. Noël ouvre un chemin de lumière, de paix et de joie à tous ceux qui accueillent et aiment de tout leur cœur un « nouveau-né couché dans la mangeoire d’une pauvre crèche ».

Pour entrer dans la prière, nous pouvons écouter ce chant : Toute nuit.

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien.

Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

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Prier l’évangile de la nuit de la Nativité du Seigneur

Luc 2,1-14

  • Introduction

Comment pourrait-on contenir la joie de Noël ? Elle jaillit de toute part dans les textes lus en cette nuit. Et pourtant, à bien y regarder, elle prend sa source dans des conditions plutôt difficiles.

Jamais on n’a lu faire-part de naissance plus débordant d’allégresse que le texte d’Isaïe. Et pourtant…

Isaïe est le conseiller d’Achaz, roi du minuscule royaume de Juda qui est pris en tenaille entre les puissances voisines. Complètement affolé, Achaz avait sacrifié son héritier aux dieux étrangers. Alors, sûr de la fidélité de Dieu, envers et contre tout, Isaïe ose annoncer la naissance d’un autre fils (Is 7,14). Celui-ci vient de naître, c’est Ezéchias. La situation du pays est loin de s’être améliorée. Mais Isaïe laisse libre cours à sa joie car « il agit l’amour jaloux du Seigneur de l’univers » (Is 9,6).

Il en est de même pour le psaume, magnifique louange chantée au Temple en des temps parfois très durs. Et pourtant… L’exultation de la création tout entière y éclate, telle une source jaillissante que nul ne pourrait arrêter. Elle proclame que, in fine, l’« à venir » du monde est dans les mains aimantes du Seigneur qui le « jugera avec justice » (Ps 95,13).

Paul ramasse en quelques lignes notre histoire marquée à tout jamais par « l’amour jaloux du Seigneur de l’univers » : il est venu, il vient et il reviendra. Paul nous exhorte à choisir l’unique attitude bonne pour aujourd’hui : vivre pleinement le temps présent, ardents à faire le bien. Et cela parce que « nous espérons le bonheur que tu (Dieu) promets et l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur » (parole dite par le prêtre dans l’embolisme, le développement fait à la suite du Notre Père). Ainsi goûtons-nous déjà à la vraie joie.

Quant à la joie annoncée par l’ange dans la nuit de Bethléem, à qui est-elle annoncée avec une certaine audace ? À de pauvres bergers veillant dans la nuit et n’ayant pour seule richesse que leur cœur capable d’accueillir l’inouï.

Nous aussi, accueillons humblement et sans réserve cette joie qui semble pouvoir nous rejoindre qui que nous soyons et quel que soit notre vécu.

(1) Par « jaloux » il faut entendre un amour brûlant, passionné qui ne supporte aucun partage car… le véritable  bonheur de l’homme est d’être aimé de Dieu et de l’aimer de « tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces ». La jalousie de Dieu veut nous protéger des mauvais chemins.

  • Comprendre la Parole (Luc 2,1-14) – Quelques repères

Luc est le seul évangéliste à nous décrire les circonstances de la naissance de Jésus. Sa visée n’est pas biographique. Si tel était le cas, il s’attarderait sans doute sur les conditions difficiles rencontrées par Marie et Joseph. Il n’en est rien car les éléments du récit sont là pour donner et éclairer toute la suite de l’évangile.

D’emblée, la naissance de Jésus est située à un moment précis de notre histoire et dans un lieu bien concret :

  • Nous sommes à l’époque d’Auguste et de Quirinius. Auguste, nom qui signifie ‘le sublime’ et exprime toute la grandeur de cet empereur, avait su établir une certaine paix après de nombreuses guerres. Il s’agissait alors de renflouer les caisses de l’empire et de réorganiser son armée. Voilà pourquoi il décrète un recensement des hommes et des richesses présents sur son territoire, dont la Palestine occupée par les Romains.
  • Le chemin de Nazareth vers Bethléem est dû aux origines de Joseph, issu de la « maison » de David. Cette indication est donnée pour rappeler la prophétie de Nathan au roi David (2 S 7,11-14). Ce n’est pas David qui construira une maison pour Dieu mais c’est Dieu qui lui suscitera une descendance – une « maison » – et un successeur qui sera roi pour toujours. Luc nous dit ici que la prophétie est en train de s’accomplir.
  • Traditionnellement dans l’Ancien Testament, c’était Jérusalem la ville de David. Pour Luc, c’est Bethléem. En effet, David est originaire de ce village. Mais dans ce déplacement, on peut aussi en voir un autre, celui du Temple vers le vrai Temple de Dieu, Jésus. En situant la naissance de Jésus à Bethléem, Luc évoque aussi la prophétie de Michée (5,1), clairement mentionnée dans l’évangile de Matthieu à l’occasion de la visite des mages : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » (Mt 2,6). L’annonce de l’ange insiste aussi sur le fait que Bethléem est la ville de David.

D’autres éléments du texte nous permettent de mieux entrer dans le Mystère de Jésus.

  • Marie mit au monde son fils ‘premier-né’. La désignation de Jésus en ces termes n’est pas là pour alimenter les spéculations au sujet de sa famille – frères et sœurs ou pas ? – mais elle nous annonce la ‘vocation’ de Jésus : il sera le ‘premier-né d’entre les morts’.
  • Les bergers appartiennent à la classe sociale la plus modeste. Continuellement en contact avec les bêtes, ils étaient considérés en état d’impureté rituelle. On peut même dire qu’ils comptaient pour rien puisqu’ils ne semblent pas devoir s’inscrire pour le recensement. Mais c’est vers eux que l’ange du Seigneur est envoyé.
  • L’ange proclame : « Aujourd’hui vous est né un sauveur ». Ce mot ‘aujourd’hui’ revient souvent dans l’évangile de Luc. Il exprime l’accomplissement du salut apporté par Jésus.
  • L’ange annonce la naissance d’un ‘Sauveur’. Le mot en hébreu, goël, désigne une rançon ou celui qui a un pouvoir de rachat. Ce Sauveur, c’est ‘le Christ’ c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction royale, le descendant de David annoncé et attendu. Il est aussi ‘le Seigneur’. C’est le nom employé (Adonaï) pour ne pas devoir prononcer le tétragramme YHVH, nom par lequel Dieu s’était révélé à Moïse au buisson ardent. Ainsi, au v.9, Luc parle de « l’ange du Seigneur ».

Devant cette affirmation « Jésus est le Seigneur », il n’y a plus qu’à s’agenouiller, adorant en silence : Dieu s’est fait homme !

Au fil de son évangile, Luc donnera consistance à ces trois noms : Sauveur, Christ et Seigneur.

Lumière, Paix et Joie ont rejoint les bergers dans leur vie pauvre et pénible, jusque dans leur nuit.

Elles nous sont aussi offertes. Les reconnaissons-nous ? Comment pouvons-nous les accueillir et en vivre ?

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2,1-14)

01 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre –

02 ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. –

03 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.

04 Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David.

05 Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

06 Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.

07 Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

08 Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

09 L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

10 Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple :

11 Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.

12 Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

13 Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :

14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Écouter la Parole de Dieu et la prier

En vivant un temps de Lectio divina
(d’après la grille proposée par « PRIER LA PAROLE … pour en vivre »)

1er temps – Invoquer l’Esprit Saint au cours d’un bref moment de silence.

Notre Dieu, Père de la Lumière,
Tu as envoyé dans le monde ton fils, Parole faite chair,
Pour te manifester à nous les hommes.
Envoie maintenant sur moi ton Esprit Saint,
Afin que je puisse rencontrer Jésus-Christ
Dans cette Parole qui vient de toi :
Afin que je la connaisse plus profondément
Et que, en la connaissant,
Je l’aime plus intensément pour parvenir
Ainsi à la béatitude du Royaume.

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me paraît important dans le texte.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

  • Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que le texte me révèle-t-il de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

  • Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession… Avec tout ce que je suis et vis ce jour.

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église. Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Une proposition du service de la Vie spirituelle

Photo : 1951204 – CC0-Pixabay-Pixelia

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