Art & Foi – Caravage et l’adoration des bergers

Avec cette « Adoration des bergers », Caravage nous entraîne loin des représentations traditionnelles de la Nativité… Peintre de la Renaissance italienne, Caravage naît pourtant un siècle seulement après Michel-Ange et Raphaël. À la mort de ces titans de l’art, de pales imitateurs ont tenté de poursuivre dans leur sillon (le génie en moins, diront certains). C’est ainsi que le maniérisme, avec sa profusion de personnages, de couleurs, de détails finit par tapisser les murs des palais romains après la mort de Michel-Ange et de Raphaël. Caravage refuse d’entrer dans cette exubérance, ce qui lui vaudra de demeurer longtemps incompris. Pour percevoir le grand écart esthétique qu’il imposait à ses  contemporains, il suffit de comparer son Adoration avec une oeuvre similaire de la même époque, par exemple                                                                                                                                                 © Wikimédia

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l’Adoration des mages peinte par Simone Peterzano, le professeur de Caravage à Milan…

Mais tournons-nous vers cette sobre Adoration des mages… sobre à l’image peut-être de ce que nous pressentons à propos de Noël 2020. Cette représentation de Noël peut nous parler tout particulièrement en cette année où Noël sera célébré lui aussi de manière plus intérieure.

Le fond est désespérément sombre et uni. Le nombre de personnages y est réduit. On y verrait presqu’une « bulle » de Noël, confinée dans une modeste et sale étable… Sa simplicité et sa pauvreté nous la rendent tellement proche : notre célébration ne sera-t-elle pas elle aussi réduite à l’Essentiel ? L’Essentiel, c’est cet enfant qui ne fuit pas nos fragilités, qui ne recule jamais devant nos pauvres demeures, qui se plaît à nous rejoindre quel que soit notre quotidien. Car finalement, notre pauvre quotidien, n’est-ce pas l’unique présent que nous pouvons offrir au Christ qui vient pour le transfigurer de sa présence ? Le Christ se plaît à venir habiter notre histoire, quelle qu’elle soit. Il aime notre humanité au point qu’il a voulu la revêtir pour la diviniser.

Caravage nous fait entrer  à l’intérieur d’une étable. À l’époque, la Nativité était rarement représentée directement dans l’étable : n’était-il pas scandaleux en effet de peindre la Mère de Dieu dans un lieu dédié aux animaux ? Ici, Marie git au milieu de l’étable, comme jetée par terre, sur un sol qui n’a même pas été balayé au préalable : pourquoi avoir gardé toute cette paille sur le sol ? Ca fait sale… Et que fait donc ce gros caillou à l’avant-plan ? Et ce panier plein de bric-à-brac, qui l’a oublié là ? Pourquoi ne pas avoir fait un brin de ménage avant d’avoir immortalisé la scène ? Oui, pourquoi ? Parce que Dieu n’enlève pas nos échardes : « ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12,19).

Jésus nous rejoint là où nous sommes : il n’attend pas que notre étable soit étincelante pour y faire sa demeure. Il vient au milieu de nos désordres, de nos fragilités, de nos limites (sanitaires ou autres)… comme si aucune pauvreté et aucun manque ne pouvait entraver sa venue… Toujours, il vient…

Vêtu de rouge, à l’instar de Marie, Joseph paraît être un misérable qui va nus pieds. Il se mêle aux bergers… Tiens, des bergers ?!? Quand il s’agit de représenter une Adoration, Caravage ne peint pas des mages, mais de misérables bergers vêtus de loques qui arrivent les mains vides : ils n’ont ni or ni encens à offrir. À bien y regarder, nous pouvons nous y reconnaître : qu’avons-nous en effet à offrir à Jésus, si ce n’est nos mains vides que lui seul peut remplir ?

C’est une caractéristique du Caravage : ses modèles proviennent du peuple, des bas-fonds de Rome. Il choisit de peindre les pauvres mal habillés, les piliers de comptoir, les prostituées. Il rejette les personnages conventionnels vêtus de pourpre et met en lumière les sans-gloire aux pieds sales et aux vêtements déchirés, nous entraînant au coeur de l’Évangile.

Rappelons-nous des paroles que Jésus adresse aux pharisiens lui reprochant de manger à la table des pécheurs : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mt 9,13). Ou encore : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6,20). N’est-ce pas un appel à la confiance que de voir la Mère de tous les croyants — notre modèle dans la foi — représentée comme une pauvre femme qui a le droit d’être fatiguée, allongée par terre, sans grande situation matérielle ou professionnelle, toute simple avec son petit Jésus dans les bras. N’est-ce pas cela, Noël ?

À l’image de notre Noël confiné, cette Adoration de Caravage est pleine de sobriété et d’humanité. Tout le décorum a été enlevé, mais le cœur de Noël demeure : un Enfant naît dans l’histoire des hommes, dans l’histoire telle qu’elle est, dans les circonstances qui sont les leurs. Jésus nous rejoint là où nous sommes et non là où nous voudrions être, au cœur d’un quotidien qui ne semble pas l’effrayer. Toute sa vie, Jésus a été attiré par la pauvreté. Ouvrons-lui donc les portes de notre étable. Ne craignons pas de l’accueillir dans notre désordre : il vient l’habiter et le transfigurer.

Service de formation

Vicariat du Brabant wallon


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