Quelle église n’est pas dépositaire de l’une ou l’autre « relique », que ce soit la châsse de tel saint ou telle sainte, bien mise à l’honneur dans l’église, ou quelques petits reliquaires actuellement oubliés au fond d’une sacristie… ?
Il n’empêche qu’aujourd’hui comme hier, certains chrétiens attachent une grande importance aux reliques, tandis que d’autres ironisent, mettant en question la véracité historique de beaucoup d’entre elles. La présente fiche voudrait donc donner quelques repères face à cette question, qui n’est sans doute pas essentielle pour la foi, mais qui a sa place dans la vie ecclésiale et rejoint la sensibilité d’un certain nombre de chrétiens.
- l’attachement aux souvenirs :

« J’ai toujours gardé la première mèche de cheveux que j’ai coupée à mes enfants » disait une maman. C’est profondément humain de vouloir garder quelque chose de ceux que l’on aime… Pensons à nos souvenirs de famille auxquels nous sommes profondément attachés. Ou à l’engouement de supporters pour le maillot de tel joueur, ou aux fans prêts à dépenser une fortune pour acquérir la robe de telle vedette ou une guitare de leur idole… C’est humain.
Comme le sont nos visites au cimetière pour nous recueillir devant les tombes de nos proches.

Dès le 2e siècle, les chrétiens se sont rassemblés auprès des tombes des martyrs. Lorsque les persécutions ont cessé, on a transféré les restes (reliques) de certains d’entre eux dans des églises… puis s’est ajouté la vénération des restes des évêques fondateurs d’Eglises et d’autres chrétiens ayant vécu de manière exemplaire le chemin de l’évangile.
Et l’approche de ces corps saints était souvent source de « miracles » aux yeux des hommes de l’antiquité et du moyen-âge… On a d’ailleurs écrit leur « Vie » pour mieux les faire connaître… sans hésiter à embellir bien des faits ou même à en inventer.

Vers les 5e-6e siècles, pour rendre les reliques accessibles au plus grand nombre, on commença à pratiquer le partage des ossements des saints, chaque parcelle des restes étant censée avoir le même rayonnement que le corps entier et mériter les mêmes honneurs.
S’ajouteront bientôt comme reliques les objets, vêtements, … ayant appartenu aux saints ou ayant été touchés par eux.
Et puis il y eut aussi les souvenirs de Palestine (souvenirs du Christ, des lieux saints, des personnages de l’évangile, …) ramenés d’abord par les pèlerins, puis par les Croisés.
2. succès et… dérives :
Dans la mentalité du moyen-âge, surtout en Europe occidentale, les reliques ont progressivement pris une place quasi-centrale dans la vie ecclésiale : elles manifestaient non seulement la sainteté d’un lieu, mais aussi son importance et sa puissance. Et les reliques se mirent à remplir les chapelles des palais, les églises des abbayes, les cathédrales et les collégiales… et c’est ainsi que des reliques étaient achetées, vendues, échangées, volées, et parfois même… inventées.


Leur intérêt était tout autant économique que religieux, vu les foules qu’elles attiraient.
3. redressement :
Devant certaines critiques internes, mais surtout devant les virulentes attaques des Réformateurs protestants, l’Eglise se mit à légiférer davantage en la matière, surtout à partir du Concile de Trente (1545-1563). Il n’empêche que l’état des lieux des reliques à la fin du 16e siècle n’était guère évident : il y avait eu de nombreuses périodes de guerres, de persécutions et d’autres vicissitudes qui avaient entraîné des destructions, des déménagements, des enfouissements, … de reliques et posaient la question de l’identification d’un certain nombre d’entre elles.
FAKE NEWS ???
Autant on n’a guère de doutes aujourd’hui sur la plupart des reliques modernes et contemporaines, la question de la vérité historique des reliques anciennes est donc beaucoup plus délicate. Certaines ne laissent place à aucun doute vu que l’on peut suivre la continuité historique de leur transmission au fil des siècles, d’autres se révèlent correctes quant à l’époque et la provenance géographique sans que l’on puisse affirmer une authentification sûre de la personne, d’autres encore se révèlent « fausses ». Ce qui ne signifie pas qu’elles soient sans valeur, ainsi qu’on va l’expliquer dans le point suivant.
4. saints et reliques dans la foi et la spiritualité chrétiennes aujourd’hui :
Comme nous l’exprime le début de l’Apocalypse, le Christ est par excellence « le témoin fidèle », mais il y a « devant le trône et devant l’Agneau » « une foule immense qui vient de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies dans le sang de l’Agneau » (Apoc. 7). Le Christ est donc le seul saint, mais tous les membres de son Corps – Eglise visible et invisible – participent à sa sainteté : l’offrande de leur vie témoigne de la victoire de Pâques.
Et comme le dit si bien la 2e préface des saints : « le rayonnement de leur exemple nous stimule, et leur intercession fervente nous assure un appui ». Et c’est ce qu’ont bien saisi les premières générations chrétiennes en allant prier et célébrer l’eucharistie auprès des tombes des martyrs.

Devant la diversité des saints et saintes proposés à la vénération des chrétiens au fil des siècles, nous sommes renvoyés à la diversité des appels de Dieu et cela nous éclaire dans le discernement de nos propres chemins. Leur témoignage encourage le nôtre, leurs écrits nourrissent notre foi et nous aident à l’approfondir, et leur prière vient nous rejoindre au quotidien et nous soutenir.
Leurs reliques, quant à elles, viennent nous témoigner de l’incarnation de notre foi : les saints et les saintes sont autant de pages d’évangile écrites de notre chair et de notre sang. Mais l’important n’est pas dans la matérialité de ces reliques, mais bien dans la relation qu’elles nous aident à établir, l’acte de foi, même rudimentaire, qu’elles infèrent – ce qui relativise l’incertitude qui peut planer autour de certaines reliques : l’essentiel, c’est l’aval que donne l’Eglise aux démarches croyantes que ces reliques suscitent et c’est là qu’à ses yeux se situe « l’authenticité ». Au niveau de la foi, et non de la matérialité historique d’abord.
Elles sont là, en effet, pour nous mettre en relation avec le Christ qui a nourri la sainteté de celui ou celle qu’elles évoquent, avec celui-là ou celle-là dont le chemin peut éclairer notre propre vie, et avec tous les autres saints et toute l’Eglise, dans la communion des saints, où le Christ fait circuler pour le bien de tous, le fruit des prières et offrandes des uns et des autres.
Quant aux reliques de Palestine (reliques christiques ou de l’entourage du Christ), elles nous témoignent de l’incarnation du Fils de Dieu : elles nous rappellent que Jésus est réellement homme, il a vécu en Palestine, il a foulé notre terre et il y a souffert sa Passion, il a été mis au tombeau et il est ressuscité. Il a eu une famille humaine, des amis, des apôtres et des disciples qu’il a associés à sa mission. Vraies ou fausses, peu importe : les reliques de Palestine nous renvoient donc très concrètement à cette dimension essentielle de notre foi de chrétiens.
5. conclusion :
Les reliquaires de nos églises sont des témoignages de foi de ceux qui nous ont précédés et à qui nous devons d’être chrétiens aujourd’hui. Ne fût-ce que cela peut sans doute nourrir la joie de notre appartenance à la grande famille ecclésiale, quelle que soit notre sensibilité par rapport aux reliques… Mais ne viennent-ils pas aussi tout simplement nous interpeler sur la place des saints dans notre cheminement chrétien, ces frères et sœurs qui ont incarné les pages de l’évangile dans leur diversité et nous en témoignent toujours aujourd’hui…

tout en laissant au Christ la place centrale bien entendu, lui dont d’antiques reliques nous évoquent l’incarnation, la passion et la résurrection… et à travers cela, la foi de ceux et celles qui nous ont précédés ?
Doyen Jean-Louis Liénard, pour le Service de la Liturgie du Brabant wallon
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