FAMILLES DANS LA BIBLE _ FAMILLES D’AUJOURD’HUI – La jalousie (7/11)

FAMILLES DE LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI 

La jalousie (7/11)

 

 

 

 

 

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La jalousie est un sentiment commun[1]. Nous en faisons tous l’expérience dès le plus jeune âge. Elle sévit entre les enfants d’une même famille ou d’une même classe… mais elle n’est pas le propre des enfants : elle restera un combat pour chacun de nous jusqu’à la mort. Pas étonnant dès lors de la retrouver dès les premières pages de la Bible : l’Ecriture n’est-elle pas le miroir, entre autres, de ce qui se vit dans le cœur de tout homme ?

Ainsi, dès le chapitre 4 du livre de la Genèse, nous rencontrons Caïn et Abel, les deux enfants qui naissent du premier couple Adam et Ève: Caïn, l’ainé, est agriculteur, tandis qu’Abel est berger. Un jour, on ne sait pourquoi, Caïn décide de faire une offrande à Dieu. Il est le premier homme à poser un tel acte… Pourtant, Dieu ne lui a rien demandé. Nous sommes au tout début de l’histoire de l’humanité : il n’y a encore ni commandement, ni sacrifices, ni offrandes à Dieu, ni quoi-que-ce-soit. Cette offrande semble donc être une initiative personnelle de Caïn qui cherche à s’attirer l’amour de Dieu ou à recevoir la preuve de cet amour.

Mais comme souvent dans les familles, le petit frère imite le grand : Abel fait lui aussi une offrande. C’est là que les choses vont basculer… dans la tête de l’ainé… Le texte nous dit que Dieu tourne son regard vers l’offrande du cadet, mais pas vers celle de l’aîné qui en est très irrité. On peut se demander comment Caïn a su que Dieu avait regardé l’offrande de son frère et non la sienne : voyait-il le visage de Dieu face-à-face ? Dans ce récit, beaucoup de choses semblent se passer dans la tête de Caïn : « il se fait son film », comme on dit. Caïn commence par s’imaginer devoir faire une offrande à Dieu pour s’attirer son amour, puis se persuade qu’il est le mal-aimé dans l’histoire, que son petit frère est le préféré.

Lorsque nous sommes en prise avec le sentiment de jalousie, un scénario s’élabore effectivement dans notre tête. Combien de fois ne sommes-nous pas tombés dans le piège du « puisque… donc… alors » qui nous fait imaginer beaucoup de choses : puisqu’untel ne m’a pas dit bonjour ce matin, donc il ne m’aime pas, alors je refuserai de lui rendre service la prochaine fois… Avec ce mécanisme du « puisque… donc… alors… », nous nous créons notre propre film, nous imaginons une histoire, alors que souvent la réalité peut être tout autre : si la personne ne m’a pas dit bonjour, ce n’est pas parce qu’elle ne m’aime pas, mais bien parce qu’elle est préoccupée par son enfant malade resté à la maison…

Donc Caïn se sent mal-aimé… Ah ! S’il avait pu parler à ce moment-là, au lieu de s’enfermer sur lui-même. Pourtant Dieu a vu sa souffrance. Il a tenté de libérer sa parole, d’extérioriser sa colère. « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? » (Gn 4,6), lui demande-t-il. Il lui tend une perche. C’est comme s’il lui disait : « Si tu es en colère contre moi, dis-le-moi. Partage-moi ce qui te tourmente… » Mais Caïn ne veut pas discuter : il s’enferme de plus en plus dans sa jalousie qui finit par occuper toute la place, au point de le rendre aveugle. En effet, Caïn ne voit pas le Seigneur qui se fait proche de lui, qui « lui parle comme un ami parle à un ami » (Ex 33,11)… Il ne voit pas qu’une grande grâce lui est faite dans ce face-à-face avec Dieu, quand on y pense : aucune parole n’est adressée à Abel, mais Dieu est plein de prévenances envers Caïn. Obsédé par le don fait à son frère (la soi-disant acceptation de son offrande), Caïn ne remarque pas celui qui lui est fait à lui (Dieu lui parle). Et Caïn tue Abel.

L’envie naît d’une petite voix qui nous parle intérieurement, qui veut nous faire croire que l’autre est aimé plus que nous, qu’il est le préféré. Pour arriver à ses fins, elle va chercher à nous faire gober un mensonge. Comme le serpent susurrait à l’oreille d’Ève : « Dieu vous a dit que vous mourrez si vous mangez du fruit de cet arbre ? Mais pas du tout : c’est faux ! » (cf. Gn 3,4). Ève a cru le mensonge du serpent et elle a envié Dieu… De même, cette petite voix de la jalousie nous murmure : « Dieu t’a dit qu’il t’aimait, mais ce n’est pas vrai : il aime ton frère, mais pas toi ! » Si nous croyons ce mensonge, si nous mettons le doigt dans l’engrenage, alors les mécanismes de la jalousie se mettront en marche, jusqu’à nous dévorer à petit feu et parfois conduire au meurtre… de l’autre mais aussi de nous-mêmes. Car désirer être l’autre, c’est se tuer soi-même.

Or, nous avons tous reçu un don commun, celui de la vie. Chacun a pour vocation de le déployer selon les talents qui lui sont propres. Ceux-ci sont reçus, donc gratuits, non mérités et demandent à être accueillis dans la joie et la gratitude. Dans le Nouveau Testament, nous trouvons un bel exemple d’accueil positif de l’altérité dans l’épisode où Marie va à la rencontre de sa cousine Élisabeth (Lc 1,39-56). Cette Visitation a lieu après que Marie ait reçu la visite de l’ange lui annonçant qu’elle allait être la mère du Seigneur et que sa cousine Élisabeth allait enfanter elle aussi dans sa vieillesse. Marie court alors rejoindre Élisabeth et quand les deux femmes se rencontrent, pas l’once d’une jalousie. Or, comme Caïn, Élisabeth aurait pu être jalouse de sa jeune cousine tombée enceinte dans sa jeunesse, alors qu’elle-même a dû attendre sa vieillesse avant de pouvoir l’être. L’évangile nous montre que tout est communion et louange dans la rencontre des deux cousines. Pas de crédit donné à une petite voix qui aurait susurré on-ne-sait-quel-mensonge. Aucun retour sur soi, pas de mise en avant de l’épreuve traversée, refus de toute auréole…

Élisabeth se réjouit non pas que Marie soit enceinte comme elle (ce serait se réjouir que Marie ait reçu le même don), mais que « la mère du Seigneur vienne jusqu’à elle » (Lc 1,43). Elle est consciente du don supérieur fait à Marie, mais elle ne se sent pas dévalorisée pour autant : tout est louange. Chacune trouve en l’autre le témoin du Dieu qui se donne. La louange est comme un remède à la jalousie. Elle est décentrée, gratuite, spontanée. Apprenons à tourner notre regard vers l’autre, non pas pour convoiter sa grandeur, sa beauté, mais pour rendre grâce pour tout ce qui lui est donné pour le bien de tous. Prenons aussi le temps de prendre conscience des talents que nous avons reçus, nous aussi, afin d’en rendre grâce et de les faire fructifier.

Service de la Formation
Vicariat du Brabant wallon

[1] Ce texte s’inspire d’une session intitulée « De la jalousie à la louange » donnée à l’Abbaye d’Aiguebelle en septembre 2017, par Françoise Vazille, psychothérapeute et accompagnatrice spirituelle au Centre spirituel jésuite du Chatelard.

 

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