FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI – Maladie, fragilité et souffrance (6/11)

Famille de la Bible – Méditation sur la maladie

 

 

Si une des nombreuses richesses de la bible est de contenir des styles littéraires différents, certains seront peut-être surpris d’y découvrir aussi le style littéraire du roman. Or c’est bien de ce style que relève le petit livre de Tobie, inspiré et inspirant, qui va conduire notre méditation sur maladie, fragilité et souffrance.

Ce livre biblique met en scène deux familles juives pieuses composées des parents et d’un enfant unique, qui vivent chacune à leur façon la maladie, la souffrance et la fragilité de l’un de ses membres.

La première famille, qui ouvre le récit, est celle de Tobith. Il se présente lui-même comme un juif pieux respectant la Loi à la lettre, voir ne vivant que de la lettre de la Loi. Ici réside sa fragilité : il ne voit le monde, son histoire propre et sa vie qu’à travers la stricte observance de la Loi et il se croit plus juste et supérieur aux autres.

Lors de la déportation avec son peuple à Ninive, il a obtenu là-bas un travail de haut dignitaire. Passé au rang de famille aisée, il fait des dépôts d’argent chez Gabaël un cousin vivant à Raguès, en Médie. Tobith est persuadé que cette situation lui est advenue « puisqu’il se souvenait de son Dieu de toute son âme » (Tb 1,12) : c’est sa façon de comprendre son histoire sainte. Quant à sa fidélité à la Loi, elle se traduit chez lui principalement par les aumônes et le fait d’enterrer ses coreligionnaires dont les cadavres sont jetés derrière le rempart de Ninive. Ce faisant, il brave l’ordre du roi. Une fois dénoncé, il s’enfuit mais reviendra à Ninive dès la mort de ce même monarque.  Et il recommence à enterrer ses frères.

C’est ainsi qu’un jour, à l’occasion d’une grande fête, un bon repas est cuisiné et on lui sert quantité de petits plats. Mais avant de manger il demande à son fils de partir à la recherche d’un pauvre observant la Loi afin de partager son repas avec lui. En fils obéissant, Tobie s’empresse d’exécuter l’ordre reçu et revient avec cette triste nouvelle : « quelqu’un de notre nation a été assassiné ; il a été jeté sur la place publique » (Tb2,3). Tobith se lève d’un bond, va ramasser le cadavre et le met à l’abri en attendant le coucher du soleil pour l’enterrer. Son devoir accompli, il prend un bain, « mange son pain dans le deuil » (Tb 3,9), et s’étend contre le mur de la cour de sa maison. Mais il n’a pas vu les moineaux perchés au-dessus de lui et reçoit leur fiente chaude dans les yeux, cela lui provoque des leucomes. Il va alors consulter des médecins et son mal empire si bien qu’il en devient aveugle. Complètement aveugle : les yeux de la tête comme ceux du cœur ne voient absolument plus rien. La cécité est la maladie qu’il rencontre.

Pour subvenir à leurs besoins, sa femme Anna se met à travailler comme ouvrière. Après quelques années de travail, en plus de son salaire, elle reçoit, de son patron, un chevreau comme cadeau pour un repas de fête. Mais Tobith ne croit pas sa femme. Il ne veut pas lui faire confiance. Il se persuade que cet animal a été volé. Il exige que son épouse aille rendre le chevreau qu’il entend bêler. Là, c’en est trop ! Anna, qui jusqu’ici avait tout supporter avec amour, courage et patience, explose : « Qu’en est-il donc de tes aumônes ? Qu’en est-il de tes bonnes œuvres ? On voit bien maintenant ce qu’elles signifient ! » (Tb 3,14). Dans sa colère, Anna reproche à son mari sa pratique de la Loi qui l’a amenée à devenir ouvrière. Ses mots sont reçus comme des insultes par Tobith qui en est profondément blessé. Face à sa propre souffrance, il se met « à gémir et à pleurer », ne voit plus qu’une solution « mieux vaut mourir que vivre » et commence une prière au Seigneur pour demander la mort. L’attitude de Tobith ne fait-elle pas un peu penser à celle des familles parfaites comme le rappelle A.L 135 :

Loin de là, à Ecbatane en Médie, vit Sarra fille unique de Ragouël et Edna, la deuxième famille de notre histoire. Sarra vient de se faire insulter par une jeune servante de son père. Elle est accusée d’avoir tué les sept maris à qui elle avait été donnée en mariage. Tous étaient décédés la nuit de noces : c’est la ‘maladie’ de Sarra. Du fait des décès, elle ne porte le nom d’aucun des sept maris. Et comme si ce malheur ne suffisait pas, la servant ajoute cette parole terrible : « va rejoindre tes sept maris que nous puissions ne jamais voir de toi un fils ni une fille ! » (Tb3,8). La fragilité de Sarra est d’écouter et de se laisser ébranler par les insultes de la jeune servante.  Sa souffrance est de se voir privée d’enfants et de prendre l’insulte comme un sort qui lui serait lancé. C’est pourquoi, « ce jour-là, Sarra, la mort dans l’âme, se mit à pleurer. Et elle monta dans la chambre haute de la maison de son père avec l’intention de se pendre. Mais, à la réflexion, elle se dit : « Eh bien, non ! On irait insulter mon père et lui dire :“Tu n’avais qu’une fille, une fille très aimée, et elle s’est pendue à cause de ses malheurs !” Je ferais ainsi descendre mon vieux père plein de tristesse au séjour des morts. Mieux vaut pour moi ne pas me pendre, mais supplier le Seigneur de me faire mourir, pour que je n’aie plus à entendre de telles insultes à longueur de vie. » (Tb3,10). L’amour dont elle se sait aimée par son père et le respect qu’elle lui voue décentrent Sarra de sa souffrance et lui donne le bon réflexe de remettre sa vie entre les mains de Dieu.

 Tobith comme Sarra font chacun de leur côté et au même moment un prière identique : ils demandent la mort au Seigneur. Et : « À cet instant précis, la prière de l’un et de l’autre fut portée en présence de la gloire de Dieu où elle fut entendue. Et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous deux » (Tb3,16). Mais comment va-t-il les guérir ?

Parce qu’il a demandé la mort, Tobith se souvient qu’il avait des dépôts d’argent chez son cousin Gabaël. Il parle alors à son fils Tobie en lui tenant un long discours sur la façon de suivre la Loi. Puis, il lui demande d’aller en Médie afin de récupérer l’argent mis en dépôt dans le but d’être enterré dignement et aussi pour y prendre femme dans son clan. Tobie lui répond : « Père, je ferai tout ce que tu m’as commandé. » (Tb5,1). Pour faire le trajet, le fils doit se trouver un bon compagnon de route. Sous les traits d’un fils d’Israël, Raphaël se fait appeler Azarias et se présente comme le guide idéal. Il est donc engagé pour aller chercher l’argent avec Tobie et l’aider à trouver une épouse.

Quand Tobie fait ses adieux à sa mère celle-ci « fondit en larmes et dit à Tobith : « Pourquoi as-tu fait partir mon enfant ? N’est-il pas le bâton de nos mains, tant qu’il demeure avec nous ? Pourquoi vouloir de l’argent, et encore de l’argent ? Cela ne vaut rien en comparaison de notre fils !  Ce que le Seigneur nous avait donné pour vivre nous suffisait bien ! » (Tb5,18) : l’amour maternel et le bon sens d’Anna sont révélés. Elle parle peu et ses paroles en disent long sur la solitude où la plonge son mari et sa relation possessive envers leur fils.

Azarias va profiter du voyage pour faire passer Tobie du stade de jeune garçon sans personnalité et se moulant dans les ordres de son père à celui d’un adulte discernant les bons conseils, capable d’écouter son propre cœur, de devenir un mari amoureux et porteur de vie. C’est ainsi qu’il prend très au sérieux les recommandations d’Azarias qui lui ordonne de bien garder le cœur, le foie et le fiel du poisson qu’il vient d’attraper. En effet, ils sont des remèdes contre les attaques des démons mauvais et ils permettent aussi de guérir des leucomes.

Lorsqu’ils sont proche de chez Ragouël, le père de Sarra, Azarias propose à Tobie d’y passer la nuit. Il lui fait comprendre que Sarra est sa proche parente, qu’il peut l’épouser selon la Loi. Tobie est lui aussi au courant de l’affaire des sept maris morts la nuit de noces. Azarias le rassure en lui rappelant qu’il a en sa possession les remèdes contre le démon mauvais et lui parle de la jeune fille. Rassuré, Tobie « s’éprit d’elle passionnément et il lui fut attaché de tout son cœur » (Tb6,19). Sur le seul témoignage de son compagnon, ce cœur disposé à aimer s’ouvre et tombe amoureux !

Arrivés chez Ragouël, Tobie reconnu par son cousin, sa femme Edna et leur fille Sarra, demande que soit célébré son mariage avec Sarra. Dans cette famille où l’amour règne, les parents craignent pour Tobie et pour Sarra : va-telle subir une huitième humiliation ? Tobie va-t-il lui aussi mourir la nuit de noces ?

Edna conduit Sarra avec courage et larmes jusqu’à la chambre nuptiale tandis que Ragouël fait déjà creuser une tombe. Le suspense est à son comble pour les parents. Du côté des jeunes mariés, il en va autrement. Tobie suit à la lettre les conseils d’Azarias en disposant le cœur et le foie du poisson sur le brûle-parfum puis il invite Sarra à la prière. Après avoir prié ensemble, ils se couchèrent.

 Morts de peur, les parents envoient une servante pour voir si Tobie est encore en vie… Nous sentons toute l’angoisse qui accompagne cette démarche. Ils ont allumé la lampe pour la servante, lui ouvrent la porte, sans oser regarder eux -mêmes. On imagine sans peine, les deux parents serrés l’un contre l’autre, communiant à la même crainte, dans l’attente du verdict. Le temps a dû s’arrêter pour eux.

La servante sort de la chambre « pour annoncer que Tobie était vivant et que rien de mal n’était arrivé » (Tb 8,14). C’est par une bénédiction spontanée envers le Seigneur que Ragouël réagit à cette bonne nouvelle ! Puis, il fait reboucher la tombe avant la pointe du jour et demande à son épouse de préparer un grand festin. Il annonce à Tobie, qu’il doit rester 14 jours pour fêter les noces et pour rendre la joie à Sarra qui a tant souffert. Soucieux du bien-être de leur fille, les parents voient aussi dans ce temps un temps pour guérir sa souffrance. Très aimants, ils considèrent déjà Tobie comme leur propre fils. Leur amour ne se partage pas, il se multiplie. Tobie envoie alors Azarias récupérer l’argent et inviter son cousin Gabaël à ses noces. Bref, toute la famille est réunie pour fêter ensemble la joie du mariage.

De leur côté, Tobith et Anna se font un sang d’encre. Lui se demande si Tobie a des problèmes pour récupérer l’argent ; la maman, elle, est persuadée que son fils est mort. Aveuglée par son chagrin, elle regrette d’avoir laissé partir ‘la lumière de ses yeux’, ne se fie à personne et chaque jour guette le retour de son fils. Tobie lui, pris par la joie du mariage n’en oublie pas ses vieux parents. Il demande de pouvoir rentrer dans la maison paternelle car il devine dans quel état sont ses parents. Après un peu de résistance, Ragouël accepte. Lui et sa femme Edna, bénissent les deux jeunes mariés en leur souhaitant la paix, la vie et des enfants. À leur tour, le jeune couple bénit leurs parents puis se met en route.

Presqu’arrivés, Azarias propose à Tobie de prendre de l’avance pour préparer la maison et guérir Tobith. Anna qui, comme chaque jour guette sur le chemin, reconnait son fils au loin, « courut se jeter à son cou et lui dit : « Je te revois, mon enfant. À présent, je peux mourir ! » Et elle se mit à pleurer » (Tb11,9). Décidemment, la présence de la mort règne dans ce couple ! Heureusement pour lui, Tobie ne se laisse pas influencer par les paroles de sa mère et va à la rencontre de son père pour lui rendre la vue selon les instructions de Raphaël. Voyant à nouveau, Tobith dit en pleurant : « Je te revois, mon enfant, toi, la lumière de mes yeux ! » (Tb11,13). Et les deux hommes se mettent à bénir Dieu. Tobie raconte alors à son père qu’il a ramené l’argent et qu’il a épousé Sarra. Alors, Tobith sort de sa maison et de lui-même pour aller à la rencontre de Sarra, la bénir et l’accueillir comme belle-fille.

À nouveau, une noce est organisée. Quand elle est terminée, il faut régler les comptes avec Azarias. Ce dernier emmène Tobith et Tobie à l’écart, leur confie combien il est important « de révéler les œuvres de Dieu et les célébrer comme elles le méritent » (Tb12,7), et qu’il est un ange de Dieu. Il a fini sa mission celui dont le nom « Raphaël » signifie « Dieu guérit » : par l’intermédiaire de Tobie, Tobith a retrouvé la vue, il regarde maintenant avec les yeux de la tête mais aussi avec ceux du cœur et Sarra a épousé Tobie. La suite du texte nous dira que des enfants sont nés au cœur de leur foyer aimant.

Ce petit roman ne vient-il pas nous révéler l’importance de la prière, cette ouverture envers Dieu, qui permet au Seigneur d’agir dans le creux de nos vies par l’intermédiaire de nos frères et sœurs ? Et si l’amour est « fort comme la mort » (Ct 8,6), il n’enlève rien aux épreuves de la vie mais il donne toujours un surplus de vie et de bien-être à ceux qui en bénéficient. La journée des personnes malades, de ce 11 février, a bien mis en relief l’importance d’être témoins auprès des personnes malades de la Bonne Nouvelle, l’Évangile, du « Verbe fait frère » pour nous aimer et nous accompagner sur nos divers chemins de vie.  Un témoignage rendu plus par l’empathie et l’affection que par des discours. N’hésitons pas à être des « Raphaël » et des  « Tobie » les uns pour les autres….

Service de la Liturgie

Vicariat du Brabant wallon

 

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