FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI – Devenir père (5/11)

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Après avoir évoqué la possible diversité de fécondité, nous poursuivons notre cycle de méditations bibliques avec le beau thème de la paternité. Pour l’aborder, marchons avec Abraham qui s’est maintes fois laissé déplacer par la Parole de Dieu. Il nous montrera qu’on ne naît pas père : on le devient et si on y est attentif, on remarquera que Dieu nous y aide.

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père
pour le pays que je t’indiquerai »  (Gn 12,1)

Lorsqu’il reçoit ce premier appel à prendre la route, Abraham est installé, avec sa femme Saraï et son neveu Loth, à Harane, lieu où vivait déjà son père. Il menait une petite vie tranquille… Tout allait bien pour lui : il avait une femme qu’il aimait, une maison, des serviteurs, des troupeaux et beaucoup de biens. Certes, il aurait aimé avoir des enfants, mais la vie en avait décidé autrement. Il avait néanmoins hérité de l’éducation de son neveu. Petite consolation…

La vie va donc bon train pour Abraham, lorsqu’il reçoit ce « Quitte ». Appel à sortir du pays de son père pour rejoindre celui qui lui sera donné. Appel à laisser la maison de son père pour bâtir la sienne. Appel à se délier de son propre père (pourtant déjà défunt) pour s’ouvrir à la possibilité de devenir lui-même père. Appel à devenir qui il est vraiment, au plus intime de lui-même. André Chouraqui, auteur juif d’une traduction très littérale de la Bible, traduit d’ailleurs cet appel ainsi :

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va vers toi. »

Si Dieu sort Abraham de son canapé, c’est pour qu’il devienne à son tour fécond. Abraham est confiant et se met en route ; il ne semble pas hésiter :

« Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis, et les personnes dont ils s’étaient entourés à Harane »  (Gn 12,5)

Abraham emporte avec lui tout ce qu’il peut : sa femme, son neveu, ses serviteurs et toutes ses affaires… On ne sait jamais ce que la vie réserve… Mieux vaut assurer ses arrières…

« Abram était extrêmement riche

en troupeaux, en argent et en or »  (Gn 13,2)

Qu’il peut être difficile de quitter, de voyager léger… Plus tard, dans l’Evangile, Jésus dira à ses disciples : « N’emportez rien pour la route » (Lc 9,3). Dans la suite du récit, Abraham apprendra à se délester progressivement, pour recevoir le don de Dieu et devenir enfin père. Cet apprentissage ne tarde pas : il commence dès le chapitre suivant, avec le départ de Loth :

« Le pays ne leur permettait pas d’habiter ensemble,

car leurs biens étaient trop considérables » (Gn 13,6).

Avec infiniment de tact, par le départ de Loth, Dieu tente déjà de faire comprendre à Abraham ce qu’est la paternité : accompagner dans l’altérité, amener l’autre à la capacité, à la liberté d’être lui-même. A ce stade, Abraham ne l’a pas encore tout à fait compris, mais il se montre docile, ouvert. Alors Dieu risque un pas de plus avec lui et lui promet l’impensable :

« Je rendrai nombreuse ta descendance » (Gn 13,16)

Surprenante promesse à laquelle Abraham veut croire… ce qui ne l’empêche pas d’être réaliste : l’âge de son épouse est ce qu’il est… C’est pourquoi, avec sa femme, il va prendre les choses en main. On ne peut lui en vouloir de chercher à réaliser par lui-même la promesse de Dieu : ne dit-on pas que Dieu a besoin des mains de l’homme pour agir dans le monde ? C’est ainsi que Saraï propose à son mari qu’il aille vers sa servante Hagar, plus jeune qu’elle… Et Ismaël naît.

Dieu ne dédaigne pas l’action humaine : il la reçoit et la remplit même de sa présence. Ainsi, loin d’ignorer Ismaël, il l’accueille et lui promet une grande nation… Il n’oublie pas cependant sa première promesse et la réitère même : c’est Saraï qui enfantera l’enfant de la promesse. Dieu écrit droit avec NOS lignes courbes… et voici qu’arrive Isaac.

Saraï « enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse, à la date que Dieu avait fixée.

Et Abraham donna un nom au fils que Sara lui avait enfanté : il l’appela Isaac »  (Gn 21,2-3)

L’enfant tant attendu est là. C’est la joie et l’excitation : quelle merveille que ce petit bout d’homme, quel mystère aussi que le don de la vie ! Dans l’effervescence de la naissance surgit le risque de vouloir mettre la main sur l’enfant, de se l’approprier. Cette tentation apparaît dans ces deux versets où le don de Dieu et la nécessaire altérité semblent oubliés. Ce point est accentué dans la traduction de Chouraqui qui colle toujours plus au texte hébreu :

« Abrahâm crie le nom de son fils,

enfanté pour lui,

que lui a enfanté Sara. »  (Gn 21,3)

Ébloui par la naissance, Abraham cède à la tentation de croire que l’enfant a été enfanté pour lui. Il sera son fils à lui, son unique. Bien sûr, se laisser bouleverser par le fait que cet enfant est effectivement « le sien » aide tout père à se sentir responsable de ce petit être fragile et en devenir qui lui est confié. Mais Abraham devra encore faire l’expérience que cet enfant n’est pas pour lui : il devra l’aider à devenir l’enfant de Dieu qu’il est et qui fera grandir le peuple de Dieu. Ce sera un long chemin pour Abraham.

Une étape importante se joue à l’adolescence d’Isaac. Dieu appelle alors Abraham à un nouveau départ, à un nouveau déplacement :

« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,
va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste
sur la montagne que je t’indiquerai » (Gn 22,1)

Bien sûr, au XXIe siècle, nous sommes choqués par cette demande : comment Dieu peut-il souhaiter la mise à mort d’un enfant ? Mais à l’époque de la rédaction du texte biblique, le sacrifice humain se pratiquait encore. Par cette demande, Dieu rejoint l’homme là où il en est, dans sa culture, ses traditions, dans ce qu’il est capable d’entendre. Ça ne veut pas dire qu’il approuve la pratique : il se met au niveau d’Abraham, mais pour l’amener à faire ensuite un pas de plus. Abraham n’est d’ailleurs pas choqué par cette demande. Le texte nous le présente même comme obéissant sans la moindre hésitation : il se met en route de bon matin, avec son fils et deux serviteurs.

Une fois en haut de la montagne de Dieu, Abraham s’apprête à immoler son fils. Il ne retient plus pour lui « son fils, son unique » et se montre prêt à le remettre entre les mains de son Créateur. Abraham a compris : il rend à Dieu ce qui est à Dieu. L’ange du Seigneur saisit alors le couteau du sacrifice de la main d’Abraham et arrête son geste. Pour son acte de foi, Dieu va rendre au centuple à Abraham :

« Parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,

je te comblerai de bénédictions,

je rendrai ta descendance

aussi nombreuse que les étoiles du ciel » (Gn 22,16-17)

Abraham redescend seul de la montagne. La suite du texte ne mentionne plus Isaac. Les deux hommes redescendent séparément. Leurs destinées se distinguent. Isaac a été délié, libéré. Il est devenu un fils libre, autonome, appelé à suivre son propre chemin, à marcher vers son propre pays, à écouter Dieu dans sa propre conscience. Abraham, lui, a trouvé sa juste place de père : il est devenu le père qu’il était en puissance, un père qui encourage l’envol de son fils chéri. Le cheminement vers la paternité d’Abraham nous rappelle ce proverbe juif qui dit qu’ « on ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes. »

Service de la Formation

Vicariat de Brabant wallon

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