FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI – Appelés à la fécondité (4/11)

FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI
Appelés à la fécondité (4/11)

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Dans le récit de la Création au chapitre 1er de la Genèse, après que Dieu eut créé l’homme et la femme, il les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous » (v.28). Cette parole leur ouvre une voie d’accomplissement. Elle est forte et elle est juste en ce sens qu’elle rejoint au plus profond de leur cœur tout homme et toute femme qui s’aiment en vérité. Ils découvrent progressivement comme un débordement de leur amour, un trop-plein de tendresse qui appellent à être partagés, à être source de vie. Ainsi nait peu à peu le désir de l’enfant.

Joie de sa venue au monde !…

Mais, douloureux mystère du corps humain, il arrive que ce bonheur soit inaccessible pour certains couples. Ils ont alors à vivre une terrible situation qui est absolument contre nature.

Si la Bible s’ouvre avec un appel à la fécondité, elle n’ignore pas pour autant l’épreuve de la stérilité et la souffrance qu’elle génère. C’est même un thème récurrent dans l’ancien Testament. Il y est abordé quasi sous un angle unique, celui de la femme stérile : ainsi, pour ne citer que les plus connues, Sara qui est l’épouse d’Abraham (Gn 16,1), Rebecca l’épouse d’Isaac (Gn 25,21) et Rachel celle de Jacob (Gn 30,1)… Le nouveau Testament nous présente Élisabeth, la cousine de Marie (Lc 1,7).

Dans ces quelques lignes, tout ne sera pas dit – loin s’en faut – sur la stérilité au fil de la Bible. Simplement, deux figures de femmes ‘stériles’ y seront approchées : Anne qui deviendra la mère du prophète Samuel et une veuve anonyme.

L’histoire d’Anne se situe à peu près 1100 ans avant Jésus-Christ, dans la région entourant Bethléem :

« Il y avait un homme de la ville de Rama, dans la montagne d’Éphraïm ; il s’appelait Elcana, fils de Yéroham, fils d’Éliou, fils de Tohou, fils de Souf ; c’était un Éphratéen. Cet homme avait deux femmes. L’une s’appelait Anne, l’autre Peninna. Peninna avait des enfants, mais Anne n’en avait pas. » (1Sm 1,1.2).

Le récit commence avec une courte généalogie, comme pour rappeler toute l’importance de poursuivre la lignée, d’assurer une succession. Elcana avait deux femmes, chose tout-à-fait courante à l’époque. L’une d’elle avait non pas un mais ‘des’ enfants (« Tous ses fils et toutes ses filles » est-il même écrit au v.4). Anne n’en avait pas. Outre sa souffrance de ne pouvoir donner d’enfant à Elcana, elle est perçue comme une ‘rivale’ (v.6) par Peninna et celle-ci n’a de cesse de lui adresser des paroles blessantes et de la provoquer pour la mettre en colère. Anne se tait, habitée par une souffrance lancinante que d’autres femmes stériles de la Bible ont exprimée. Rachel crie à Jacob : « Donne-moi des fils, sinon je vais mourir » (Gn 30,1). Élisabeth, la cousine de Marie, parle de « honte devant les hommes » (Lc 1,25).

Comme chaque année, Elcana et ses épouses se rendirent au Temple de Silo pour offrir un sacrifice au Seigneur. Il partagea les parts de la victime ; il en donna la plus grande quantité à Peninna et ses enfants. Mais il destina le morceau de choix à Anne car elle était sa préférée, ce qu’elle avait, peut-être, bien difficile à admettre. Assaillie par les sarcasmes de Peninna, Anne pleure. Son humiliation est profonde et elle ne peut manger, comme si elle avait perdu toute raison de vivre. Et pourtant, à ce moment, Elcana lui exprime à nouveau son amour sincère. Peut-elle entendre quand il lui dit « Pourquoi ton cœur est-il triste ? Et moi, est-ce que je ne compte pas à tes yeux plus que dix fils ? » (v.8) ? Sa douleur ne l’enferme-t-elle pas au risque d’abimer la relation dans leur couple ?

Anne, toujours en pleurs et « pleine d’amertume » (v.10), s’en alla prier au sanctuaire. Elle y fit un vœu : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie » (v.11).

Anne fut exaucée. Elle mit au monde un fils et « lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : ‘je l’ai demandé au Seigneur’ » (v.20).

La prière d’Anne fut entendue. Le cri de détresse de tant de couples confrontés à la stérilité serait-il incorrect, incapable de toucher le cœur de Dieu ? Certes, des enfants, aujourd’hui, sont accueillis comme le fruit d’une prière confiante. Mais à côté de cela, combien de prières tout aussi vraies restent sans réponse tangible !…

Il faut savoir que dans les récits bibliques, les femmes stériles finissent par enfanter et… c’est toujours un fils ! Ainsi, Rachel, la seconde épouse de Jacob : « Dieu se souvint de Rachel, il l’exauça et la rendit féconde. Elle devint enceinte et enfanta un fils. Elle dit :  ‘Dieu a enlevé ma honte.’ » (Gn 30,22.23). Que faut-il y percevoir ? À coup sûr, ces naissances inespérées ne sont pas des leçons au sujet de la qualité d’une prière qui toucherait ou non le cœur de Dieu. Non ! Elles ont une portée théologique et nous disent plutôt que la vie est un don et non pas un dû ; que Dieu est source de toute vie. L’enfant n’est pas une propriété personnelle ; il nous est confié. C’est bien ainsi qu’Anne a accueilli le petit Samuel.

Par ailleurs, on constate que les personnages bibliques nés d’une femme stérile (Isaac, Jacob et Esaü, Joseph, Samuel, Samson et, in fine, Jean Baptiste), tous, eurent une destinée exceptionnelle et primordiale dans l’histoire du peuple de Dieu. C’est qu’à personnage hors du commun, naissance extra-ordinaire !

Mais alors, quand un homme et une femme ne peuvent connaitre la joie d’accueillir un enfant, que leur prière semble vaine, que faire ? A cette question – Dieu merci ! – la Bible ne donne pas de réponse toute faite. Elle accompagne, éclaire, fortifie. Elle ouvre des pistes. En voici peut-être une.

Il s’agit d’un petit récit que l’on trouve dans le 2e Livre des Rois au chapitre 4, versets 1 à 7. Nous sommes au IXe siècle avant Jésus-Christ, en Samarie.

 Une femme implora le prophète Élisée en disant :

« Ton serviteur, mon mari, est mort. Tu sais que ton serviteur craignait le Seigneur. Or le créancier est venu prendre pour lui mes deux enfants comme esclaves. »

Élisée lui demanda : « Que puis-je faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as dans ta maison. » Elle répondit : « Ta servante n’a rien du tout dans sa maison, juste un peu d’huile comme parfum. »

 Il reprit : « Va, emprunte au-dehors des vases à tous tes voisins, des vases vides. Et pas en petit nombre !

 Puis, rentre chez toi, ferme la porte sur toi et sur tes fils, verse de l’huile dans tous ces vases. Une fois qu’ils seront pleins, mets-les de côté. »

Elle le quitta, ferma la porte sur elle et sur ses fils. Ceux-ci lui apportaient les vases, et elle y versait de l’huile.

 Lorsque les vases furent remplis, elle dit à son fils : « Apporte-moi encore un vase ! » Il lui répondit : « Il n’y a plus de vase ! » Alors l’huile cessa de couler.

 Elle vint informer l’homme de Dieu, qui lui dit : « Va vendre l’huile et acquitte ta dette ; tu vivras du reste, toi et tes fils ! »

C’est l’histoire d’une femme dont on ne connait même pas le nom, pas plus que celui de son mari ; elle est quasi inexistante. Pauvre, criblée de dettes, elle se voit contrainte de laisser partir ses enfants comme esclaves. Son cri vers le prophète est celui d’une femme désespérée, sans plus aucune perspective d’avenir. Sa vie est devenue comme stérile. Désireux de l’aider, Élisée lui pose une question presque saugrenue : « Qu’as-tu dans ta maison ? ». La veuve ne peut que répondre : « rien du tout, juste un peu d’huile comme parfum ». Vraiment, moins que trois fois rien. Alors Élisée l’invite à poser un geste des plus déconcertants : transvaser le contenu de sa fiole dans quantité de vases. Et ceux-ci se remplissent, tous, sans exception. La vente de cette huile coulant à profusion permettra non seulement d’éponger la dette de la pauvre veuve mais aussi d’assurer son avenir et celui de ses fils.

Parce qu’elle a fait confiance au prophète, qu’elle a accepté de mobiliser le tout petit peu qu’elle avait dans sa maison plutôt que de considérer les ‘morts’ et les manques qui la cernaient, cette femme a choisi et libéré la vie. « Tu vivras du reste, toi et tes fils ! » lui confirme Élisée.

Photo 4

« De nombreux couples ne peuvent pas avoir d’enfants », écrit le pape François. « Nous savons combien de souffrance cela comporte. (…)  même si, contrairement au vœu souvent très vif des époux, il n’y a pas d’enfant, le mariage, comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité. En outre la maternité n’est pas une réalité exclusivement biologique, mais elle s’exprime de diverses manières » (Amoris Laetitia §178).

Serait-ce alors le temps de poser la question : « qu’avez-vous dans votre maison ? » ?

Quelle est votre petite fiole d’huile parfumée capable de donner saveur et de faire ‘vivre’ ?

« Dis-moi ce que tu as dans ta maison. »… 

Service de la Vie spirituelle
Vicariat du Brabant wallon

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