Art & Foi – Venir à la lumière

Venir à la Lumière

 

Nous ne saurons jamais vraiment les motivations du pharisien Nicodème, venu à Jésus « de nuit » (Jn 3,2). Sans doute faut-il que nous ne retenions que sa démarche elle-même : cet itinéraire nocturne en forme de quête, de question… Ne peut-on reconnaître en lui un ambassadeur de tous les humains en recherche de lumière ? Merci à toi Nicodème d’avoir tracé dans la nuit un chemin vers Jésus, « la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1,9).

L’artiste peintre bruxelloise Anne Wouters, dans ce tableau qui illustre un verset du Prologue de l’évangile de Jean, nous donne à voir ce Christ dont la couleur n’est que lumière. Sa clarté contraste avec l’obscurité qui occupe tout le pourtour de l’œuvre. La silhouette de Jésus est comme incandescente, donnant sa couleur rouge à un ovale qui l’encercle et dont la forme ressemble à la flamme d’un cierge allumé. « La lumière brille dans les ténèbres » (Jn 1,5).

Or cet être de lumière est représenté dans la position du crucifié. C’est un des grands messages de l’évangéliste Jean : en Jésus, la croix et la gloire ne font qu’un. L’abaissement et l’élévation sont indissociables. En regardant le tableau, on en vient à se dire que ce trait de lumière qu’est le Christ est à la fois dans un mouvement de descente – il vient se planter en terre – et dans une ascension – il monte comme une flamme. Loin d’être figé, il vient à nous et nous attire à lui. Il le confirmera lui-même : « et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).

Ici, en s’adressant à Nicodème, Jésus n’en est pas encore à cette annonce de sa passion-glorification. Mais pour l’ouvrir à sa clarté, il lui rappelle comment, au temps de l’Exode, quand des serpents se mirent à semer la mort dans le peuple, Dieu donna à Moïse de présenter aux siens un serpent de bronze vers lequel ils auraient à lever les yeux pour être préservés du poison. Or ce simple objet n’était qu’une préfiguration d’un don bien plus grand : le Fils de Dieu élevé sur le bois de la croix pour sauver l’humanité jusqu’à la délivrer de la mort.

Jésus donne à Nicodème, pour orienter sa quête, une précision : que tout homme « qui croit » ait la vie éternelle. Le moment est venu d’arrêter notre regard sur les deux personnages qu’Anne Wouters a placés de part et d’autre du Crucifié. Leur attitude est très parlante. La courbe de leur corps qui épouse l’ovale dans leur dos indique qu’ils sont comme assis, posés, à l’arrêt. Et la courbe qui descend de leur poitrine à leurs pieds est tournée vers le Christ, à la fois comme un réceptacle et une offrande. Quant à leur visage il est tourné, presque tendu vers le Christ. En cet instant, tout leur être est pour Jésus, en attente de Jésus. En voilà deux qui « croient » ! Seigneur, donne-nous de croire comme eux ! Pour que comme eux nous ayons « la vie éternelle » (Jn 3,16). Car leurs visages sont tout éclairés : ils portent sur eux la couleur même de l’Être de lumière qu’ils contemplent. Mais c’est aussi tout leur corps qui semble éclairé : bordé d’un épais contour noir, il est colorié d’un trait plein et vif. Tout porte à penser que, sortis de l’obscurité où tout était noir sur fond noir, ils reçoivent maintenant une clarté qui éveille leurs propres couleurs. Et c’est tout le tableau qui se met à vivre, jusqu’au sol sous eux qui reçoit des reflets bleutés. Ces deux personnages ne sont pas ceux qui faisant « le mal », « détestent la lumière » et « ne viennent pas à la lumière » (Jn 3,20). Au contraire, venant à la lumière, ils ont « fait la vérité » : c’est-à-dire qu’ils ont reconnu la source de la lumière véritable et qu’eux-mêmes sont devenus lumière et ont pu révéler leurs vraies couleurs. Voilà ce que Jésus semble mettre sous le mot « jugement » : cette possibilité de faire – ou de ne pas faire – advenir la vérité grâce à la lumière.

Quant à Dieu lui-même, Jésus tient à rassurer Nicodème à son sujet : « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3,17). Et on peut voir toute la peinture comme inondée de cet Amour : toute cette couleur rouge, qui semble dégringoler depuis le ciel par un trou percé dans l’ovale au sommet du tableau. On dirait une cascade de sang répandu, d’amour déversé dans tout cet espace, luttant encore contre des traînées sombres, mais finissant par baigner les deux témoins d’une atmosphère protectrice et vivifiante. Un utérus ? Ces deux-là, sans peut-être le savoir, sont en train de renaître. Jésus l’avait bien dit à Nicodème au début de leur conversation : « Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut » (Jn 3,7).

L’évangile de ce quatrième dimanche de Carême nous relance dans notre montée vers Pâques. Il nous invite – et le tableau d’Anne Wouters donne des couleurs et des formes à cette invitation – à « lever les yeux vers celui que nous avons transpercé » (Jn 19,37), à venir à la lumière et à faire la vérité. Nous nous avancerons ainsi vers notre renaissance grâce à Celui qui nous a tant aimés.

Eric Mattheeuws

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