FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI Le désir de l’autre (1/11)

FAMILLES DANS LA BIBLE – FAMILLES D’AUJOURD’HUI
Le désir de l’autre (1/11)

La méditation en format pdf

Pour inaugurer notre série de méditations bibliques sur la famille, ouvrons deux livres de la Bible : le Cantique des cantiques et les premiers chapitres de la Genèse.

« Entraîne-moi »

Le Cantique des cantiques est l’un des plus beaux livres de la Bible. Il est aussi l’un des plus petits puisqu’il ne compte que 8 chapitres. Selon une interprétation, le récit nous plonge au cœur de la relation amoureuse d’amants qui découvrent l’amour et brûlent de désir l’un pour l’autre. Nous les suivons en train de déambuler dans les rues de la ville, à la recherche l’un de l’autre, animés par le désir sensuel qui met en ébullition le cœur et le corps, avec tous ses sens :

« Qu’il me donne les baisers de sa bouche :

meilleures que le vin sont tes amours !

Délice, l’odeur de tes parfums ;

Entraîne-moi : à ta suite, courons !

En toi, notre fête et notre joie ! » (Ct 1,2…4)

Cette chevauchée est pleine de tours et de détours : ils se cherchent, se rencontrent, se perdent à nouveau, se retrouvent… Oui, la vie d’un couple est loin d’être un long fleuve tranquille : elle est un chemin qui conduit, au fil des étapes, à s’enraciner toujours plus dans le concret de nos vies. Au cours de sa vie, la relation amoureuse du couple prend différentes colorations, avec son lot de joie, de doute, d’éblouissement et de pardon à donner ou à recevoir. Combien de fois dans la vie de couple, les amants ne sont-ils pas proches de se perdre et appeler à se retrouver ? Le livre du Cantique en témoigne : en amour, il y a…

· un temps pour l’espoir qui donne des ailes (Ct 2,8-9) :

« La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient…

Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines,

mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche »

· un temps pour l’attente de l’autre et le doute (Ct 3,1) :

« Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché celui que mon âme désire ;

je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé »

· un temps pour l’éblouissement (Ct 4,7.9) :

« Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi !

Tu as blessé mon cœur, ma sœur fiancée.

tu as blessé mon cœur, d’un seul de tes regards »

· un temps pour sortir du sommeil et entrer dans le mystère de l’autre (Ct 5,2…6) :

« Je dors, mais mon cœur veille…

mon bien-aimé s’était détourné, il avait disparu.

Je l’ai cherché : je ne l’ai pas trouvé.

Je l’appelai : il n’a pas répondu. »

· et à nouveau un temps de retrouvailles (Ct 7,11-13) :

« Je suis à mon bien-aimé :

vers moi, monte son désir.

Viens, mon bien-aimé…

Nous sortirons dans les champs,

nous passerons la nuit dans la campagne.

Au matin, nous irons dans les vignes,

nous verrons si le bourgeon s’est ouvert,

si les grenadiers sont en fleurs.

Là, je t’offrirai mes amours »

La quête amoureuse est infinie : on n’a jamais fini de dé-couvrir l’autre du voile de l’idéal avec lequel nous l’enveloppions. L’autre est toujours au-delà de ce que nous croyons connaître de lui : il est insaisissable, il demeure à jamais un mystère… C’est notre incapacité à mettre la main sur l’autre qui fait que la vie de couple est un chemin à parcourir ensemble, dans un respect mutuel.

La crise…

La crise survient lorsque notre désir de l’autre se transforme en une certitude de l’avoir saisi, lorsque notre désir d’appartenir à l’autre se change en une volonté de le posséder. Cette tentation est tellement fréquente dans le cœur humain que la Bible l’évoque dès ses premières pages, dans la vie du premier couple.

Le premier chapitre de la Genèse (Gn 1) évoque le mystère de la création de ce monde que Dieu tire du chaos originel, par séparations successives : il commence par séparer la lumière de la ténèbre ; puis une voute vient séparer le haut du bas ; ensuite la mer est séparée des continents ; après avoir organisé l’espace, Dieu distingue les temps grâce à la création des astres ; puis il peuple les espaces, en séparant les différents types de végétaux et d’espèces animales. Bref, le monde qualifié de bon par le Créateur est celui où règne la séparation et la distance qui mettent chaque chose à sa place et instaurent les êtres dans leur altérité et l’univers dans l’harmonie.

« La chair de ma chair »

Que se passe-t-il quand nous arrivons au chapitre 2, avec la création de l’humain ? On y lit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2,18)… Dieu voit la solitude de l’humain : ultime création par séparation, l’humain devient homme et femme. Adam reçoit Ève1. Il l’accueille dans un émerveillement tout intérieur : « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2,23). Il est dans la joie : il n’est plus seul. Sa solitude est comblée, mais pas un mot d’accueil pour Ève, pas un mot de gratitude non plus envers Dieu : Adam est centré sur lui-même. « Voilà l’os de mes os. » Ève est réduite au silence : Adam ne lui adresse jamais la parole. Il voit en elle un autre lui-même et cela semble lui suffire pour être heureux.

En fait, il succombe à la tentation de refuser l’altérité, de tout rapporter à soi et de se voir comme le tout, comme le centre du monde. La possibilité d’une relation, créée par Dieu, est anéantie par la volonté humaine de mettre la main sur l’autre, de le maîtriser, de le posséder. La relation requiert entre les partenaires un espace de liberté et de respect de la singularité de l’autre.

Ne faire plus qu’un ?

Mais alors comment comprendre ce verset qui suit : « À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2,24) ? N’est-il pas surprenant que Dieu, après avoir créé le monde par séparation, invite le couple à ne faire plus qu’un ? N’y a-t-il pas là comme une « dé-création » ?

Le verset commence par « à cause de cela », invitant à voir un lien de causalité avec le verset qui précède : à cause de notre tentation à considérer l’autre comme « l’os de mes os », nous sommes invités à abandonner ceux dont nous sommes effectivement les os et la chair, pour s’attacher à cet autre qui ne l’est justement pas. Il s’agit de quitter ce qui nous est familier, connu, sécurisant, pour laisser une juste place au mystère de l’autre, loin de toute fusion et confusion, loin de toute aliénation et domination.

« Ne faire plus qu’un » relève ici de l’unité et non de l’unicité. À l’image de Dieu à la fois Un et trinitaire, l’homme et la femme sont appelés à accueillir l’autre dans sa différence irréductible. Conscient de n’être pas le tout de l’univers, les partenaires sont appelés à désirer l’autre pour vivre l’un pour l’autre, l’un par l’autre, accepter de dépendre l’un de l’autre, pour être source de vie. Y parvenir prend du temps, le temps d’une vie, avec ses hauts et ses bas… Mais comme le couple du Cantique, ne jamais se décourager de l’autre, de soi, de nous : toujours se remettre en marche.

« Le problème survient lorsque nous exigeons que les relations soient idylliques ou que les personnes soient parfaites, ou bien quand nous nous mettons au centre et espérons que notre seule volonté s’accomplisse. Alors, tout nous impatiente, tout nous porte à réagir avec agressivité. Si nous ne cultivons pas la patience, nous aurons toujours des excuses pour répondre avec colère (…) Cette patience se renforce quand je reconnais que l’autre aussi a le droit de vivre sur cette terre près de moi, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais. L’amour a toujours un sens de profonde compassion qui porte à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré. » (Pape François, AL 92)

Service de la Formation
Vicariat du Brabant wallon

(1) Nous nous inspirons d’une interprétation de Gn 1-3 que nous trouvons chez différents auteurs contemporains. Par exemple : ANDRÉ WÉNIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Éd. Cerf, Paris, 2013 ; Adam et Eve : la jalousie de Caïn, « semence » du serpent. Un aspect du récit mythique de Genèse 1-4, Revue des sciences religieuses, 1999 (73/1), pp.3-16. Voir aussi FRANÇOIS EUVÉ (s.j.), Crainte et tremblement. Une histoire du péché, Seuil, Paris, 2010.

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